Il n’était pas vraiment très grand ce petit bout d’ficelle
Tout juste comme un vers, un peu plus long qu’un vermicelle
Et il rêvait des nuits entières : Je veux toucher l’arbre des notes,
Pour que s’élancent les ritournelles, je veux croquer même une petiote

Pauvre petit bout d’ficelle… le regard triste vers le ciel !
Il avait construit sa maison sous une feuille contre le tronc.
Chaque matin en se réveillant il chuchotait comme confession
« Toi, le bel arbre qui m’abrite voudrais tu bien me transporter
Là haut croquer un de tes fruits ? » Mais jamais rien ne se passait.
Pauvre petit bout d’ficelle… le regard triste vers le ciel !
Il en avait tenté bien des idées, comme se construire une échelle…
Mais quand on est p’tit bout d’ficelle on ne fait qu’un p’tit bout d’échelle
Têtu et courageux, il avait aussi essayé d’escalader le tronc de l’arbre
Mais quand on est p’tit bout d’ficelle on escalade qu’un p’tit bout d’arbre

Pauvre petit bout d’ficelle … sans escalade et sans échelle !
Tout juste comme un vers, un peu plus long qu’un vermicelle
Notre petit bout d’ficelle ne voyait plus de solutions pour atteindre le ciel
Il rentra donc dans sa maison voyant ses rêves perdus à jamais
Et se mit pour se consoler à manger, à manger… à manger

Pauvre petit bout d’ficelle … le ventre gros comme violoncelle !
Tout y passa : les vieilles branches séchées, les feuilles mortes
Des mottes de terre entière étaient des choses qui réconfortent.
Il mangea tant et tant que son gros ventre lui faisait mal
Il se mit donc à se tortiller pour éviter d’être une balle !

Pauvre petit bout d’ficelle… aussi rond qu’une coccinelle !
Tortillage, tortillé, tortillons, tortillements, tortillassions, torsions
Voilà que notre petit bout d’ficelle commença sa mutation
Il avait beau dire : « je n’aurais pas du manger n’importe quoi
Je n’aurais jamais du … » Il était bien trop tard cette fois …

Pauvre petit bout d’ficelle… qui n’était plus un vermicelle !
« Qui n’était plus un vermicelle ?! Mais alors que s’est-il passé ? »
Petit bout d’ficelle était en train de grandir, de changer…
Il avait tant mangé, il s’était tant tordu, courbé, contorsionner…
Que notre petit bout d’ficelle senti des branches le toucher

Grandit bout de ficelle… grandi et touche le ciel !
Dans un dernier élan habile et plutôt compliqué
Le regard ferme vers les notes de l’arbre et plus que décidé
Il rassembla toutes ses forces et mangea une dernière bouchée
Qui lui fit arriver à la cime contre les notes tant désirée.

Qu’il était beau bout de ficelle … aussi grand qu’une échelle !
Il croqua dans une note, il choisit la plus belle
Et l’arbre entier en s’agitant fit menestrel
Et petit bout d’ficelle devenu grand
Siffla depuis ce jour gaiement.

Siffle bout de ficelle … siffle des arc en ciel
FIN
Les Humeurs